Dans le secteur des Bapere, territoire de Lubero, la MONUSCO s’apprête à faire son retour. Pour une partie de la population, cette annonce ravive l’espoir d’une protection accrue face à l’insécurité persistante.
Pour d’autres en revanche, elle réveille des souvenirs douloureux et soulève de profondes interrogations.
Le 24 décembre 2025, à la veille des fêtes de fin d’année, Rahisi Zebuloni Mayalibo, défenseur des droits humains et ambassadeur de la paix dans la région, a décidé de briser le silence.
Dans une lettre ouverte adressée au Chef de Bureau de la MONUSCO Grand-Nord à Beni, il appelle à l’organisation préalable d’un dialogue avec les communautés locales avant toute installation effective de la mission onusienne.
Depuis 2024, le secteur des Bapere est devenu l’un des épicentres de l’insécurité au Nord-Kivu.
Massacres de civils, déplacements forcés et violations répétées des droits humains rythment le quotidien d’une population plongée dans la peur permanente.
Dans ce contexte, le retour de la MONUSCO, dont le mandat comprend la protection des civils et l’appui à la stabilisation, apparaît à la fois comme une nécessité et comme un défi majeur.
Selon Rahisi Zebuloni Mayalibo, une installation de la MONUSCO sans consultation préalable des communautés locales pourrait accentuer les tensions, alimenter les rumeurs et compromettre la sécurité, aussi bien des civils que des Casques bleus.
« Toute action menée sans l’adhésion des communautés est vouée à l’échec », écrit-il dans sa lettre.
Il estime que les priorités opérationnelles de la MONUSCO ne peuvent être efficaces que si elles sont réellement alignées sur les attentes et les besoins des populations concernées.
Face à ces enjeux, le défenseur des droits humains propose une solution qu’il qualifie de fondamentale ; l’organisation d’un dialogue communautaire consultatif avant toute implantation. Ce cadre d’échanges devrait associer les chefferies traditionnelles, les leaders communautaires, les jeunes, les femmes, les victimes des violences ainsi que les organisations de la société civile.
« Il ne s’agit pas d’un rejet, mais d’une main tendue », insiste-t-il. « La paix ne se décrète pas, elle se construit avec ceux qui la vivent au quotidien. »
Comme le résume une phrase citée dans la lettre ouverte :
« Tout ce que l’on fait pour moi, sans moi, c’est contre moi. »
Mufazili Mutukufu